Un nouveau logiciel pour de nouvelles connaissances

Dernière mise à jour le 5 février 2014.

Un nouveau logiciel pour de nouvelles connaissances

Par Don Tapscott

 

Wikipedia est une splendide réalisation humaine. C’est une compilation du travail de milliers de contributeurs, dont le contenu, de grande qualité, est disponible gratuitement dans une centaine de langues pour tous ceux qui ont accès à Internet. Comparée à Wikipedia, la version imprimée de l’Encyclopédie Britannica paraît désormais onéreuse, contrainte et plutôt basique, même si elle a été pendant des décennies la référence en matière de connaissances humaines.

 

Mais aujourd’hui, une nouvelle génération de logiciel d’intelligence collective pourrait faire passer Wikipédia pour une solution tout aussi obsolète. En effet, les logiciels d’intelligence collective vont permettre à des centaines, voire à des milliers de personnes de se réunir en ligne pour échanger et générer de nouvelles idées et de nouvelles connaissances.

 

Ainsi, par exemple, l’organisation Imagination for People basée à Montréal a développé un logiciel baptisé Assembl qui rend possible les discussions de groupe, à un coût abordable, et de manière considérablement plus efficace que n’importe quel forum en ligne ou groupe Facebook. (Je précise que je n’ai aucune relation commerciale avec cette organisation.)

 

Créer de l’intelligence collective à grande échelle est une tâche difficile. C’est un domaine complètement nouveau, et nous ne connaissons pas encore les outils et méthodologies les plus efficaces permettant de réaliser une réelle production de savoir dans un contexte collectif en « peer to peer ».

 

L’intelligence collective est bien davantage qu’une suite d’itérations individuelles effectuées par des personnes indépendantes qui ajoutent leur propre couche de contenu ou qui utilisent Google Docs pour travailler sur un document commun. La méthodologie  derrière Assembl mobilise des outils pour « attraper » des idées clés et permettre ainsi de créer du sens partagé (une compréhension commune de concepts) et une “idéation collective” (soutenue par des mécanismes de facilitation de la créativité). Assembl offre aussi des outils qui accompagnent la prise de décision collective, tels que des techniques de “rough consensus” ou des systèmes de vote basés sur la qualité des contributions.

 

Ce qui distingue Assembl des logiciels classiques de collaboration est l’accent mis sur les visualisations créatives d’un débat en constante évolution. Ces visualisations vont de la représentation interactive des arguments montrant les liens argumentatifs entre les idées à des “metamaps” qui illustrent des graphes connectant les idées aux personnes qui en sont la source.  

 

Des logiciels qui peuvent donner du sens à des conversations entre des milliers de personnes vont nécessairement se révéler très utiles dans toutes les sphères de la vie collective, de la participation citoyenne au crowdsourcing de politiques publiques, de la conduite de consultations internationales à la démocratie d’entreprise. Une des applications les plus évidentes concerne l’enseignement supérieur.  

 

Les universités sont des environnements rêvés pour les logiciels d’intelligence collective car elles correspondent à des univers sans risque au sein desquels il est relativement facile de mobiliser les participants. Les étudiants ont l’habitude des réflexions collaboratives. Les professeurs et les étudiants sont utilisateurs avertis des technologies de l’information.

Je me suis déjà exprimé sur le fait que nous avions besoin de nouvelles méthodes pour créer du contenu dans le domaine éducatif – sujets pédagogiques, syllabus de cours, textes et contenus écrits, oraux ou multimédia. Tout comme l’Encyclopédie Britannica, un manuel à 150$ est devenu aujourd’hui obsolète par rapport à la richesse de l’information accessible en ligne.

 

Au travers d’Internet, les universités doivent se repositionner comme faisant partie d’un écosystème intégré, et non comme de simples silos verticaux. Les universités doivent embrasser l’éducation 2.0. En utilisant des outils tel qu’Assembl, les formateurs de différents établissements peuvent collaborer et partager leurs idées en vue de co-créer de nouveaux contenus pédagogiques et de faire avancer les connaissances dans de multiples disciplines.

 

C’est ce qui est en train de se produire, avec la mise à disposition gratuite de contenus pédagogiques en ligne. Le MIT a montré la voie il y a dix ans, et donne aujourd’hui accès gratuitement à un corpus éducatif complet -- incluant des syllabus, des notes de lecture, des devoirs et des examens -- pour plus de 2180 cours.

Imagination for People a monté un partenariat avec Open University (Royaume-Uni), la plus grande université en ligne en Europe, et avec France Business School. L’objectif est de combiner les ressources de la multitude (les humains) et les ressources du « cloud » (les machines) afin de collecter sans coûts excessifs la somme de connaissances échangées dans les réseaux sociaux et les groupes en ligne, et ainsi créer des noeuds de savoir qui peuvent être connectés entre eux et représentés par des cartes visuelles.

 

La Commission Européenne utilisera Assembl pour améliorer l’interprétation collective (le “sensemaking ») et l’idéation créative pour créer du bien commun au travers de débats à grande échelle sur l’innovation sociale. Le projet européen appelé CATALYST implique des partenaires académiques comme le laboratoire d’intelligence collective du MIT (via l’Université de Zurich) et l’Open University ainsi que des grands réseaux internationaux en innovation sociale. Un des projets clés du consortium est de co-créer en mode open source les fondamentaux de la future Constitution Européenne.

 

L’Internet offre un accès non seulement à l’information mais aussi à l’intelligence logée dans les cerveaux du monde entier. A mes yeux, nous ne sommes plus à « l’ère de l’information” mais bel et bien à « l’ère de l’intelligence en réseau”. Cette ère est caractérisée par la collaboration et la participation. Les logiciels d’intelligence collective y joueront un rôle clé.

 

Le plus récent livre de Don Tapscott s’intitule Macrowikinomics: New Solutions for a Connected Planet. En tant que Fellow de l’Institut Martin Prosperity à la Rotman School of Management, Université de Toronto, il développe actuellement un projet de plusieurs millions de dollars sur les nouveaux modèles de coopération et de résolution de problèmes à l’échelle globale. Twitter @dtapscott

 

 

Cet article a été publié originellement en anglais dans le Huffington Post le 31 janvier 2014. Pour voir la version en anglais, cliquez ici

 

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